La Gabelle



Frappant le sel, aliment de première nécessité, la Gabelle est établie de façon très différente selon les contrées. A coté des pays de petite et grande gabelle, existent des pays rédimés ayant racheté cet impôt, parmi lesquels la Gascogne, et les pays francs comme le Béarn.

Dès son arrivée au pouvoir, Colbert la considère comme la meilleure ressource de nature à combler le déficit du Trésor Royal. Par sa réforme des finances, il décide de l’imposer de façon uniforme et, évidemment, de l’étendre aux provinces franches et rédimées, au mépris des engagements, traités ou chartes antérieurs. Sourd aux murmures et plaintes, il persévère.

Ainsi, un nouveau contrat passé avec la Ferme et Convoi de Bordeaux en 1662 autorise le sieur Gervaizot, adjudicataire, à établir des bureaux, commis et gardes aux lieux et endroits qui bons lui semblent, en particulier sur l’Adour et les chemins saliers du Tursan et de la Chalosse par lesquels s’effectuent l’approvisionnement à partir de la fontaine de Salies de Béarn. Le Béarn restant provisoirement exempté en vertu de privilèges anciens, il est en effet judicieux d’installer un réseau de bureaux en lisière de ce pays pour surveiller le passage et percevoir la taxe sur le sel qui en provient.

La Chalosse a jusqu’alors bénéficié de la même immunité que son voisin, par usage plus que par écrits. Mais, forte de ses baux, et déjà installée à Mont de Marsan depuis l’année précédente, la Ferme prépare son installation sur la plus importante des routes du sel qui, venant du Béarn passe par Hagetmau et Saint-Sever

Arrive alors à Bordeaux un nouvel intendant, Claude Pellot, parent de Colbert. Chargé d’appliquer la politique de son ministre, il y met toute sa rigueur, sa sévérité, et son zèle, au mépris des plaintes des notables et du désespoir des petites gens du pays.

Menacés et convaincus de la justice de leur cause, les Chalossais sont résolus à résister et lutter contre une nouvelle cause de misère et de famine.

Depuis 1661 les gabeleurs, installés à Aire, courent le pays, montés et armés, pour surprendre les convois de faux-saulniers, tuant chevaux, ânes et boeufs portant du sel.

En janvier 1663 un premier est tué lors d’une rencontre sur la lande de Moundose. Plusieurs de ces rencontres et inquisitions ont lieu au cours de l’année, attirant sur les commis et gardes haine et violence de la population.

Au début de l’année 1664 la menace se précise.









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Premiers troubles



1664

Un beau jour du mois d’avril, apparaît, sur le chemin de Saint-Sever, une vingtaine d’hommes qui se présentent comme commis et gardes du Convoi. Ils manifestent l’intention d’installer dans le bourg un bureau dans lequel devra être désormais entreposé, sous leur garde et protection, le seul sel à consommer. L’entrée en Chalosse de cette nouvelle machine administrative nommée Gabelle signifie pour le pauvre peuple la multiplication du prix du sel par cinq ou six. L’accueil de ces personnages est à la hauteur de la colère qu’ils suscitent.

A peine sont ils installés que la populace remue, s’attroupe, et finit par attaquer leur bureau et leur logement. Des assauts commencent de nuit comme de jour. Alertés, les habitants des paroisses voisines s’arment et accourent, convaincus de la nécessité de chasser ces intrus.

Les gabeleurs ne sont pas tout à fait surpris ; l’accueil n’avait pas été meilleur, quelques mois plus tôt, à Saint-Sever lorsque les habitants les ont empêché de franchir l’Adour, nécéssitant alors le secours d’un détachement de cavalerie qui a dû occuper la ville.

Des coups de feu sont échangés et les premiers blessés tombent. Le peuple est maître de la rue. Harcelés, les commis et gardes doivent se retrancher dans leur bureau mais leur résistance ne peut durer. Les séditieux tentent d’incendier leur refuge. Aussi, profitant d’une accalmie entre deux attaques, ils s’enfuient nuitamment dès la fin du mois de mai, sans oser ni pouvoir poser la gabelle, ni n’encaisser aucun droit.



Bernard d'Audijos






Bien vite, un jeune gentilhomme de caractère s’impose : Bernard d’Audijos, âgé de vingt six ans, fils d’un père de très modeste et récente noblesse, devenu seigneur de Renung par son mariage avec Diane de Talazac. la fille du baron de Bahus et d'Isabeau de Foix-Candale de Doazit. A quinze ans, il s’était engagé dans le régiment de Créqui dont les cavaliers avaient logé dans son village de Coudures à la Noël 1652, et y avait servi pendant plusieurs années, combattant en Flandres sous Turenne, contre les troupes de Condé, puis contre les Espagnols. Licencié depuis trois ans, après la paix des Pyrénées, il était revenu au pays, mais sans emploi et sans ressources. Intrépide et brave, habile et résolu, son ascendant et son expérience militaire le désignent pour devenir l’âme de la résistance et le chef des insurgés. Excellent tacticien, entouré d’un groupe limité de compagnons déterminés et connaissant le pays, conscient qu il ne peut lutter ouvertement, il opte pour la « guerrilla », le harcèlement , les embuscades …mais aussi la terreur contre les éventuels collaborateurs du parti combattu. Appuyé et aidé en sous-main par les notables locaux, il devient le bras et le héros de la révolte

La révolte



juillet 1664


Devant la détermination de la population et l’aggravation de la situation, le nouvel intendant de Guyenne, Caude Pellot, estime qu’il est temps de réprimer et châtier le pays sans faiblesse pour éviter que la révolte ne s’étende davantage. Même s’il faut froisser le maréchal de Gramont natif et baron du lieu, très chatouilleux sur ses droits et prérogatives, bien en cour et écouté du roi. A cet effet, il fait marcher deux compagnies de dragons pour prendre les coupables, et sollicite un arrêt lui attribuant exclusivement l’instruction de cette affaire, l’affranchissant du parlement de Bordeaux.

La révolte s étend alors que le sieur Debrussy, directeur du convoi, vient le 20, sur ordre de l’intendant, pour les rétablir le bureau et tenter de mater la sédition. A peine arrivés, ses gardes tirent sur la foule assemblée et tuent trois ou quatre hommes, avant de piller le bourg et ses environs. Deux jours plus tard ils mettent le feu au château, ravagent le village abandonné par ses habitants, ramènent des prisonniers dont des sieurs de La Couture de Cerres et Julien Dutournier.



Des embuscades et véritables combats ont lieu plusieurs nuits de suite, les habitants de plus en plus nombreux semblant organisés, marchant en ordre et ayant des gens à leur tête. On dit même qu il y a des gentilshommes parmi eux. Deux gardiens de barricades sont tués, le lendemain trois vers Horsarrieu, puis deux autres. On parle déjà de ceux qu’on nomme les Invisibles qui disparaissent dans la nature après leurs attaques et embuscades



Suivent les représailles des dragons (qui sont, de fait ,des soudards allemands, lorrains ou alsaciens) pillant et incendiant les maisons désertées, arrêtant les suspects dans tous les environs. Le seigneur de Lacouture est arrêté au château de Candale pour être confronté aux suspects. Chez lui, à Serrelous, on arrête Julien Dutournier gendre du seigneur du Mus.

La repression


Août 1664





Par roulement commençant par Doazit et Montaut, les paroisses doivent ravitailler en vivres et fourrages les troupes installées à Hagetmau. La charge s’élève à vingt cinq écus par jour en attendant qu un arrangement intervienne car le pays parle de traiter avec les gabeleurs.

L’intendant de Guyenne, rentrant d’Agen vers Bordeaux, fait route vers la Chalosse par Mont de Marsan pour mater l’insurrection. A Saint-Sever, il enquête et recueille les premiers renseignements avant de se rendre, le 7, à Hagetmau pour instruire, rendre bonne justice, et surtout faire exemple. A cet effet, il se fait accompagner de deux conseillers du Parlement de Bordeaux, d’une forte escorte, d une suite nombreuse … et de deux bourreaux.
Des cavaliers commencent par arrêter les rebelles, comme les frères Baylet à Doazit, traînés comme Lacouture de village en village pour être confrontés avec les suspects .Plusieurs prisonniers sont interrogés à Mont de Marsan . Deux sont pendus, deux autres condamnés aux galères. On prononce contre ceux qu on a pas pu prendre des condamnations par contumace : à la roue en effigie ou la tête tranchée pour les gentilshommes. Des amendes sont infligées aux paroisses et particuliers pour l’indemnisation de la Ferme.

Pendant que l’intendant juge, les gens du Convoi courent le pays, brutalisent, pillent, fouillent, rançonnent. Hagetmau ravagé, incendié, les gens terrorisés fuient leur maisons, protègent leurs biens, se cachent. Une trentaine de suspects sont encore pendus en effigie, dont l’un, Laborde, dit Belay, réfugié à Morganx, est capturé de nuit, interrogé, puis roué vif
Les petits gentilshommes du pays ne sont pas épargnés. Seuls des arrangements d’argent évitent qu’on détruise leur maison noble, comme celle du baron de Navailles à Dumes, ou celle du baron Lartigue à Sainte Colombe.

Les deux compagnies de dragons et de cavalerie venues appuyer l’intendant quittent leurs quartiers d’Hagetmau et du château de Dumes pour Saint-Sever et Tartas, laissant sur place une quarantaine de garnissaires, tandis que l’intendant se rend à Bayonne .

Les dévastations dont souffre sa baronnie incitent Gramont, seigneur du lieu, à intervenir avec vigueur contre cette entreprise. Tant et si bien que l’intendant, conscient de cette hostilité, réclame l’appui et la protection de Colbert.

Les désordres continuent cependant. Audijos, condamné à être roué, court toujours le pays avec une vingtaine de compagnons de lutte, se cache la nuit dans le bois, A la fin septembre ils va attaquer et saccager, près d’Urgons, la maison du sieur de Prugues heureusement absent.
Le lendemain au matin, une opération est bien organisée avec une brigade de seize gardes commandée par le capitaine Boisset. Ils vont rencontrer le sieur de Prugues avant d’aller attaquer la bande repérée dans les alentours, mais faute du renfort des dragons qui ne se déplacent pas, on renonce. Après une visite au baron de Brocas en son château d’Aubagnan, sur le chemin du retour vers Hagetmau, à la traversée d’un bois, la troupe essuie une fusillade : le garde Pierre Duclos est tué sur le coup, un autre, Jean de Villery, meurt le lendemain. Deux gardes sont blessés par coups de faux.

Occupation et violences



Octobre à décembre 1664


Le curé de Coudures, Jean Lacour, déjà en conflit avec le conseil de la communauté et alors qu’il n’assure plus aucun service, laissant à son vicaire la charge du service religieux et même du prône, monte en chaire au cours de la messe dominicale pour lire une ordonnance de l’évêque d’Aire défendant de porter aide et secours à d’Audijos.et sa bande. Le lendemain on apprend qu’il est mort de quelques coups obscurs l’ayant surpris dans son lit

Quelques jours plus tard, la maison du notaire de Larbey, dénommé Fescaux, est envahie et pillée par des inconnus dans la nuit.

Une compagnie de dragons venue de Grenade est logée à Coudures pendant tout l’hiver qui suit, aux dépend de la sénéchaussée, à raison d’un quintal de foin par jour. Alors qu’Audijos a déjà chevauché vers Orthez où il est accueilli avec joie, une seconde compagnie, Rangueuil,venue de Monflanquin, est envoyée à Sault de Navailles pour tenir le passage du Béarn, mais on ne parvient toujours pas à arrêter les rebelles à cause du pays difficile et tourmenté.

Desbordes, boucher a Hagetmau, un des chefs, est jugé et condamné à Agen à être roué vif et renvoyé en Chalosse pour y être exécuté. Au cours de son transfert les Invisibles tentent en vain un coup de main, l’intendant informé par un espion ayant renforcé l’escorte. Est également roué Laborde, dit Belay, capturé un mois plus tôt à Morganx.



En riposte, c est au tour de la maison du garde Begué à Castelsarrazin d’être pillée. Il en réchappe (mais sera assassiné en juin 1667)

Le 18 octobre, le capitaine Boisset et deux de ses gardes sont tués et dépouillés lors d’une embuscade sur le chemin à la sortie du village d’Hagetmau .alors qu’ils reviennent de la messe à la collégiale de Saint Girons. Trois gardes en réchappent mais la bande masquée atteint leurs écuries, enfonce les portes et s’empare des chevaux avant de s’évanouir dans la nature.

Soubaigné, de Joanin, dont la maison a été pillée par les gabeleurs le 22 octobre, est arrêté et conduit à Mont de Marsan, mais la population oblige La Palisse à l’élargir.

Un des gabeleurs stationné au château d’Hagetmau, est tué près de Coudures

Audijos assasine dans les bois un brigadier des gardes, nommé Lacassagne, après avoir pillé et brûlé sa maison pendant la nuit. Le nombre des séditieux augmente. Les gardes ont peur et les dragons se montrent prudents Il faut d’autres troupes. L’intendant réclame 15 ou 20 compagnies d’infanterie plus propres a la configuration du pays, et deux autres compagnies de cavalerie.

Le sieur La Palisse, vieil officier de cavalerie choisi par Pellot, remplace le commandant tué à la tête des gardes.






Gramont,Poyanne,Poudenx




janvier 1665


Le marquis de Poyanne a bien reçu des ordres pour faire arrêter les rebelles, mais l’intendant doute de sa bonne volonté et demande à Colbert de lui écrire pour l’encourager à mieux s’employer en Béarn dont il est le lieutenant général du pays, comme à Dax et Saint-Sever dont il est le gouverneur. Le vicomte de Poudenx, syndic de la noblesse du Béarn, mais aussi baron de Saint-Cricq en Chalosse ne semble pas plus fiable à l’intendant .

De son coté, le maréchal de Gramont, las de l’occupation de sa baronnie, fâché contre Pellot, continue de se plaindre à la Cour. Il souhaite et prétend même avoir autorité pour informer contre les méfaits des gardes et demande le départ de la quinzaine qui loge son château et au bureau d Hagetmau. Il obtient un ordre du roi et envoie un homme le notifier à l’intendant. Celui-ci renâcle, demande des précisions, avant de consentir prudemment à faire quitter le château et faire estimer les dommages qui ont pu y être faits, voire punir les coupables. Conscient de l’hostilité du maréchal et averti de son influence, il vient constater lui-même le 30 mars.

Les troupes convergent




Janvier à mars 1665


Les colonnes de troupes accordées par Louvois convergent, cernent et occupent le pays, en renfort des six compagnies déjà présentes. Le marquis de Saint-Luc, lieutenant général en Basse Guyene, et Pellot viennent sur place en régler l’emploi et surveiller les mouvements. Poyanne est écarté, et Nogent le lieutenant de Rangueil-dragons est tancé par Saint Luc pour son inefficacité.

Infanterie
- la compagnie de Navailles, du régiment de Piémont, vient de Navarrenx à Dax
- la compagnie de Brion vient de Bordeaux à Mont de Marsan
- la compagnie de Bouillac vient de Blaye à Grenade
- la compagnie de Durocq, du régiment Royal vient de St Jean Pied de Port à Saint-Sever, par Caupenne, Bergouey, et Brassempouy

Cavalerie
- la compagnie de Lorges vient de Saint Emilion à Montaut

Dragons
- la compagnie de Givry venant de Villeneuve de Rouergue à Grenade
- la compagnie de Tristan venant de Figeac à Dax ou elle reste un mois
- la compagnie La Forest venant de Périgueux à Mont de Marsan
- la compagnie de Doyet venant de Villefranche de P érigord à Saint-Sever

Cela fait à peu près 1200 hommes pour se saisir d’un soixantaine de rebelles. Des détachements occupent Horsarrieu, Hagetmau, Doazit, Serreslouts, Segarret, SaintCricq, Momuy, Cazalon, Samadet, et courent le pays de village en village, de hameau en hameau. Les communautés doivent collecter et fournir chaque jour leur subsistance.pour éviter le pillage.

Fuite en Béarn et Lavedan




Avril 1665




Pourchassé en Chalosse Audijos se refugie en Béarn .

Après avoir obtenu l’autorisation du Roi de pénétrer en Béarn qui dépend de l’autorité de Gramont et Poyanne, l‘intendant, alors à Saint-Sever y envoie les dragons. Depuis Paris, Gramont a avisé le marquis de Poyanne de la décision royale et lui demande de se rendre sur place pour y faire obstacle mais il est trop tard.

Prévenu par le tocsin de l’approche de ses poursuivants, menacé, d’Audijos s’enfonce alors vers la Bigorre et les vallées du Lavedan .où il organise un soulèvement.

Les troupes vont occuper Lourdes pour fermer les chemins. Mais des montagnards en armes gardent l’entrée des vallées Plusieurs compagnies d’infanterie arrivent Le peuple est prêt à se soulever, jusqu’à obliger la garnison à tirer quatre volées de canon en semonce pour disperser deux ou trois cent émeutiers qui se présentent

En même temps, plusieurs des représentants des rebelles, dont Duplantier, se rendent à Bayonne pour solliciter l’appui propre à étendre la révolte avant qu’elle soit étouffée, et aussi pour recueillir des fonds nécessaires à la poursuite de la lutte. Pellot avisé par ses espions y envoie Nogent qui se met en chasse. Il se heurte à une foule hostile qui arrache même à son escorte un suspect blessé qu’il avait arrêté.



Retour en Chalosse




Mai et juin 1665


Pierre de Borrit, prévôt royal de Saint-Sever est condamné et pendu pour avoir donné retraite et assistance aux rebelles

Audijos revient en Béarn avec ses partisans divisés en deux brigades commandées, une par lui-même, et l’autre par son lieutenant Pilate.

Bourdet, sergent ordinaire à Doazit est assassiné. Un autre homme est brûlé dans sa maison. François Louis d’Artigues d’Ossaux est tué à Maubat. Deux autres jeunes gens sont exécutés. Un dragon est passé par les armes par les rebelles .Le lieutenant Nogent et sa compagnie de Rangueil, vont à leur poursuite et attaque la troupe de Pilate entre Serres Gaston et Sainte Colombe, aux abords du bois de Jouarbe, tuant quatre d’entre eux et ramenant deux prisonniers blessés, mais avec autant de pertes.

L’intendant en vient à préconiser de faire couper bois et taillis qui sont autant de dangers pour les gardes aux bords des chemins creux du pays et constituant des obstacles difficiles d’accès pour la cavalerie

Les rebelles enlèvent et poignardent une veuve et ses deux filles peu après avoir tué les deux fils accusés d’avoir déposé contre eux, fait brûler maison et bétail d’un paysan accusé d avoir averti Nogent de leur présence.





L'affaire de Labastide




Juillet 1665



Au début du mois de juillet, un homme nommé Lou Bourdet, sergent ordinaire à Doazit, est trouvé mort un matin sur la lande de Lannehoussat. Les troupes accourent.

Poyanne fait du moins semblant de collaborer, mais sans réelle efficacité. Il va à Orthez où il est avisé qu’Audijos n’est pas loin, à Maslacq. Mais, alors qu’il peut l’attaquer avec sa troupe de cinq cent fusils, il se contente de faire appeler les dragons alors à Sault de Navailles et les Chevaux Légers de Lorges, lesquels, sans les guides promis, s’égarent et se retirent bredouilles

Marassé, un ancien maréchal des logis des dragons, envoyé à leur recherche les localisa dans une maison isolée près de Labastide, dite de Goueren. Il en avise les troupes de dragons. Ainsi 150 maîtres et quelques gardes commandes par le lieutenant La Baume accoururent et parviennent a Orthez le 7. Une douzaine de gardes du convoi bien montés s’étant portés en avant, accompagnant Marassé, rencontrent Audijos et ses gens couchés près de la maison. Aux premiers coups de feu les rebelles se barricadent. Les dragons arrivent en fin de matinée et investissent les lieux, tentent de la forcer en vain mais renoncent à donner l’assaut pour l’assiéger par divers corps de garde. Apres une première tentative de sortie vaine, Audijos et ses gens parviennent à s’échapper au petit matin, forçant un corps de garde, l’épée a la main, avant de s’enfuir dans les vastes bois de Mixe . Un des compagnons d’Audijos est tué, et trois sont pris. Parmi eux, Pilate son lieutenant, blessé a la cuisse, qui mourra quelques semaines plus tard , après avoir été conduit à Hagetmau puis interrogé à diverses reprises . Quinze jours après sa mort son cadavre est étranglé sur la place publique pour l’exemple. Poyanne ordonnera fin novembre que la maison soit rasée.

A la suite de cette attaque, d’Audijos congédie sa troupe qui se disperse

Audijos en Espagne




Août 1665


Devant l’accroissement des recherches en Béarn, d’Audijos fuit hors de France et se réfugie avec trois ou quatre de ses compagnons, au village de Sallent de Gallego, en Aragon. Il y est reçu par Don Miguel Joan, riche propriétaire, qu’on dit un allié à sa famille par le premier mariage de son père.


Pellot est à Mont de Marsan pour juger les rebelles arrêtés (sauf les deux pris en Béarn que le Parlement refuse de livrer). La Burguerie, juge, et autres officiers, procureur greffier et concierge de M de Gramont à Hagetmau sont soupçonnés de complicité. Il a fait arrêter par les milices deux rebelles dont le capitaine Cirgos un des principaux et un autre qui avait été blessé lors de l’attaque de Labastide. Courtin et Coutras sont arrêtés à Bayonne. On y exécute Jean de La Lanne, ancien soldat du guet, et Jeanot du Fourq, chapeletier, soi-disant complices d’Audijos

Poyanne, convoqué par le roi, se rend à la cour où il n’a pas paru de puis plusieurs années, passe par Bordeaux, sans aller voir Pellot, mais s’entretient avec le marquis de Saint Luc avant d’aller justifier sa conduite et contester les rapports de l‘intendant.

Pellot envoie Nogent avec une vingtaine de dragons vers les Pyrénées et l’Espagne.Mais celui-ci juge l’entrée dans la vallée impossible sans que leur proie en soit avertie .Aussitôt informé, Pellot envoie un émissaire auprès du vice roi d’Aragon, presse l’Espagne de le livrer à sa justice, promet une rançon, mais sans succès.

Pellot charge alors le comte de Podevits, colonel allemand au service de la France et nouveau maître de camp du régiment des dragons, qui vient d’arriver, pour prendre le commandement de troupes venues du Dauphiné, et d’envisager un enlèvement

Les exécutions




Septembre et octobre 1665



Des complices d’Audijos sont jugés : deux à la roue, trois à la pendaison. Ils sont exécutés à Hagetmau le 2 septembre (même Pilate, mort depuis quinze jours, est étranglé) à l endroit même où le capitaine Boisset avait été tué. Les corps des suppliciés sont ensuite exposés sur les lieux de leurs crimes. Trois autres sont renvoyés à Pau où ils sont également condamnés et roués.

Justice faite, Pellot quitte Mont de Marsan pour Dax. Il y demeure une quinzaine de jours aux fins d’y établir un bureau de la gabelle et, mêlant douceur et intimidation, y parvient, avant de se rendre à Bayonne châtier ceux de la dernière sédition.

On prend tous les jours des rebelles, dont Bourdieu, on envoie aux galères …. Le 17, Pellot condamne à Dax un homme et une femme qui doivent être pendus à Sendos, près de Salies lieu où ils avaient participé en juin au massacre de deux sergents pris pour des gabeleurs.

Devant l’attitude des espagnols, on élabore de nouveaux plans et l’idée d’un enlèvement mûrit. Podewits entreprend un coup de main, mais c’est un échec. Ses dragons parvenus à l’aube du 11 à une lieue du village de Sallent, y restent une journée avant de se retirer sans rien tenter, alors que d’Audijos, prévenu, s’est éloigné en lieu sûr.

Deux compagnies de dragons sont envoyées à Oloron et la cavalerie de Lorges à Orthez

Pellot revenu à Saint-Sever, s’entretient avec le premier président du Parlement de Pau et Podevits pour aviser de ce qu’il fallait faire. Les échecs successifs et humiliants donnent trop d’importance au fugitif. Mieux vaut, pense t’il paraître s’en désintéresser et chercher en sous main d’autres moyens

Le calme revient



Novembre - décembre 1665


Pellot, un temps retourné à Bordeaux, revient en Chalosse

Il est alors convaincu des complicités dont a pu bénéficier d’Audijos pour lui échapper depuis plusieurs mois. Pour lui, Poyanne s’il na pas eu tout a fait le dessein d entretenir la rébellion, a fait tout de même preuve de négligence voire de trop grande complaisance par peur sans doute de l’aversion générale qu’ aurait pu entraîner son appui à l’établissement des bureaux. Il juge nécessaire de lui faire reconnaître sa faute et lui demander d’ agir à son retour sur ses terres.

.De même, il est convaincu que La Baume lieutenant des dragons et d’Audijos s’étaient entendus ; le premier informant le second des entreprises contre lui en échange d’être épargné par les attaques (accommodement préparé par Borrit, le prévôt qui a été pendu)

Peu a peu cependant les exemples de sévérité de l’intendant finissent par épuiser le pays.La lassitude s’en mêlant le calme revient.

A la fin de 1665, les bureaux sont établis et fonctionnent, les amendes prononcées contre les communautés et paroisses sont versées. Presque tous les compagnons de lutte armée ont été condamnés, d autres se sont rendus en échange de leur grâce. Le pays semble maté, la détermination de ses habitants éteinte.

Les troupes commencent à décharger le pays. Podevits est rappelé par le roi pour servir ailleurs. Seules sont maintenues les compagnies en garnison à Dax, Bayonne, Saint Jean Pied de Port et Lourdes.

On va laisser le soin au marquis de Poyanne, bien sermonné, d’employer son autorité à rétablir l’ordre, en lui accordant l’ aide du marquis de Saint Luc, et tous les moyens qu’il pourra solliciter..

Pellot se dit prêt a faire preuve de clémence en accordant des lettres d’abolition, de manière à isoler et marginaliser d’Audijos. Avant de quitter Mont de Marsan, il envoie même un projet d’abolition pour tous les coupables … sauf d’Audijos et trois ou quatre Chalossais et cinq ou six Bayonnais


Derniers soubresauts




1666-1667




Le marquis de Poyanne est revenu de la Cour avec mission de maintenir son pays

Mais d’Audijos court toujours entre Espagne, Béarn et Chalosse. On le signale même près de sa maison de Coudures et dans les bois voisins, accompagné de deux ou trois complices.

Quand il a besoin de gens Plantier et Baillet en rassemblent jusqu’à quarante. On tente mollement contre lui mais il bénéficie toujours de l’affection et de certaines intelligences.

L’intendant se dit prêt à le laisser en paix et lui accorder sa grâce contre quelque emploi pourvu que ce soir en dehors du royaume. Poyanne noue des contacts. On lui propose l’Amérique ; il refuse.

Pourtant les désordres continuent. Plusieurs attaques nocturnes ont lieu : On détrousse et enlève un riche marchand à Hagetmau, un autre est enlevé à Castelnau-Tursan, une maison brûle à Arzacq

Le Parlement de Bordeaux envoie auprès de Poyanne un commissaire, le conseiller Dubourg pour instruire des faits survenus après l’abolition. Les deux arrivent à Saint-Sever à la mi-juillet.

Le 10 août, on pend « lou pourqué » de Samadet. Le 17, on arrête la mère et la soeur d’Audijos, le curé et le vicaire de Montgaillard, le curé de Bahus. Ils sont relâchés deux mois plus tard mais huit hommes sont condamnés aux galères (six parviennent à s’échapper de leur prison le 1er octobre)

Sur les renseignements recueillis lors des interrogatoires de Saint-Sever, Géronce Baillet est arrêté, près de Bordeaux, dans le château d’un conseiller de la Cour des Aides où il était caché depuis quelques jours par son frère employé dudit conseiller. Interrogé longuement à Bordeaux il est ramené en Chalosse et roué le 20 septembre à La Loubère, faubourg de Saint Sever, à l’emplacement d’un marché très fréquenté, par un bourreau spécialement requis par Poyanne aux échevins de Bayonne. Son cadavre est ensuite transporté par charrette (un bouvier de Doazit se trouvant à Saint-Sever est requis à cet effet) à Hagetmau pour y être exposé sur une roue au bord du chemin, au lieudit l’Hopital, dans un champ de millet, puis enterré sur place dans la nuit du 22.

On arrête aussi un nommé Joannique, un des principaux complices d Audijos

Le 27 décembre, Duplantier, fidèle lieutenant d Audijos après la mort de Pilate, est attaqué à Serres-Gaston où il s’est marié et retiré. Il est tué ( certains prétendent s’il s’est donné la mort pour ne pas être capturé) puis porté mort à Saint Sever où il a est mis, le 3 janvier suivant, sur une potence par un bourreau venu de Bayonne à la demande de Poyanne

En janvier 1667, on arrête Laforcade dans la généralité de Montauban. Il est roué publiquement a Hagetmau le 22 juin

Audijos court toujours




1668-1674



Pendant ces sept années, d’Audijos semble rester réfugié en Espagne. Mais aucune trace ne reste de ce séjour qui demeure donc mystérieux. On peut douter qu’il y mène une vie calme et paisible.

Le marquis de Poyanne repose désormais en la chapelle de son château. Tombé malade pendant l’hiver passé à Saint-Sever il y est mort le 3 février 1667. Son collègue, le marquis de Saint Luc, vient de mourir. L’intendant Pellot a quitté la Guyenne pour le Parlement de Rouen. Seul survit le solide maréchal de Gramont.

Mais la tête d’Audijos est toujours mise à prix. La crainte du retour du rebelle et la peur du réveil d’une insurrection, subsistent. Le personnage bénéficie toujours de sa réputation parmi la population et inspire toujours la méfiance du pouvoir royal. Une récompense de 1000 écus est promise à celui qui le livrera. Colbert, jugeant la prime insuffisante, fournit 600 pistoles de plus.






le village de Sallent

La grâce royale



1675



En janvier 1675, d’Audijos, toujours menaçant, entre dans la vallée d’Azun, avec plus d’une centaine d’espagnols, et on l’accuse d’y avoir assassiné le curé du village de Marsous

L’intendant De Sève qui a remplacé Pellot en Guyenne, redoutant une collusion entre les Espagnols et l’insaisissable rebelle, vient en tournée en Bigorre, alors même que Bordeaux se soulève violemment contre de nouvelles impositions depuis la fin du mois de mars.

Mais plus souple que son prédécesseur, il obtient par la négociation ce qui n’avait pu être fait par la force pendant dix ans. En même temps, d’Audijos entend les sages conseils de l’évêque d’Aire qui le ramèrent à la raison.

C’es ainsi que par lettres d’abolition signées à Versailles en juillet 1675, Louis XIV lui accorde la grâce au motif « qu’il a reconnu sa faute et recherché les moyens de nous rendre quelque service considérable pour mériter le pardon de ses crimes, avec assurance qu’il ne s’esloignera jamais de l’obeissance qu’il nous doibt. »

On ne sait à quel service considérable il est fait allusion.


Après avoir juré et signé d’être désormais fidèle au roi, il fait une retraite au séminaire avant de se rendre à Bordeaux et se présenter le 20 septembre « teste nue et a genoux, les fers aux pieds » en l’audience extraordinaire de la grande chambre du Parlement de Bordeaux.

Audijos-Dragons


1676-1677


A peine quelques semaines près avoir été amnistié, d’Audijos reçoit le brevet de colonel de cavalerie .Le roi lui permet même de lever un régiment de deux compagnies parmi ses anciens compagnons d’armes. Il y enrôle d’ailleurs son frère cadet.

La tradition ajoute que, nommé colonel, il fut présenté au roi dans une galerie du Louvre.

De retour dans le pays, il épouse, le 28 janvier 1676, Jeanne-Marie Dubourdieu, sa jeune cousine.avant de rejoindre …le service du Roi à la tête de sa bande d’anciens brigands !

Admis dans les troupes régulières en octobre 1676, il sert dans l’armée du maréchal de Vivonne qu’il rejoint à l’occasion de l’expédition de Sicile pour assister Messine révoltée contre …. les Espagnols !.

Dès son arrivée, son régiment est qualifié « d’incommode » et composé de gens indisciplinés, « tant les officiers que les soldats »

L’intendant de l’armée en Sicile écrit « je ne pense pas que le Roi retire un grand service de ce régiment dans ce pays ; les hommes sont assez bien faits, mais la plupart n’ont jamais vu des chevaux ni des fusils, et ceux qui ont autrefois suivi leur mestre de camp et de qui on avait lieu d’attendre quelque service, sont beaucoup plus propres à être bandits que dans des troupes réglées, outre que la plupart sont espagnols naturels ou des frontières d’Espagne, ne parlant que la langue de leur pays qui ne plait pas aux Messinois. Les relations même qu’on en fait ne nous donnent pas lieu de croire que l’on se doive beaucoup fier à eux »

D’ailleurs certains désertent, un tiers est à l'hôpital à la fin aout 1676, d’autres tiennent des discours séditieux (encore !)

Audijos lui-même fait preuve de son indiscipline, refuse de laisser faire une revue de ses troupes, pille le village de Bauso avant d’être attaqué et fait prisonnier par imprudence ……

Son régiment est pourtant augmenté de deux autres compagnies de 60 dragons, avec lesquelles il participe à la campagne et l’occupation de 1677 avec quelques succès

Mais sa carrière militaire mouvementée se termine là, au cours de l’année 1677, mortellement blessé… .ou, plus simplement, mort de la malaria..


En savoir plus

A lire


J. Cubero - Une révolte antifiscale au XVIIe siècle. Audijos soulève la Gascogne - ( ed. Imago 2001)

A. Communay - Audijos. La gabelle en Gascogne - ( in Archives historiques de la Gascogne 1893-1894 et Paris H. Champion - 1893)

Mais aussi !


La bande dessinée de Jean Harambat parue en 2008

dans le Journal de Mickey, cet épisode avait déja été évoqué dans la série feuilleton "Mickey à travers les siècles" - "Les invisibles", par P.Nicolas et P.Fallot , à partir de juillet 1967 (n° 792)




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